En Turquie, les jeunes retournent à la terre par la culture des fraises

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En Turquie, les jeunes retournent à la terre par la culture des fraises

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Dans le district de Sarıveliler, situé dans les monts Taurus en Turquie, les hivers sont longs et le climat est rude. L’agriculture est la principale ressource de cette région, mais les conditions géographiques et les modèles de propriété foncière, restreints et fragmentés, font qu’il est difficile d’y gagner décemment sa vie. Beaucoup de personnes nées ici finissent par en partir, en particulier les jeunes, qui sont encouragés par leur famille à chercher ailleurs de meilleures perspectives économiques.

Şaban Bayındır est l’un de ceux qui sont partis. « Je suis allé à Istanbul pour avoir un revenu », raconte-t-il. « Ici, c’est une région rurale; la surface des terres agricoles est limitée et les possibilités d’emploi sont rares. Les jeunes qui restent sont employés comme travailleurs saisonniers, et les autres partent à Istanbul. »

En 2020, lorsque la pandémie de COVID‑19 a frappé, de nombreux jeunes ont perdu leur emploi dans les villes. Comme beaucoup d’autres, les jeunes de Sarıveliler sont retournés auprès de leur famille, en se demandant comment ils allaient bien pouvoir gagner leur vie – mais à leur grand étonnement, ils se sont réjouis de découvrir de nouvelles possibilités.

Şaban au travail dans ses champs de fraises

La plupart des agriculteurs de la région cultivent traditionnellement des tomates et des concombres dans de petites serres, pour les vendre dans les villes voisines. Mais à partir de 2018, grâce à l’appui du Projet de développement du bassin versant du Göksu Taşeli, financé par le FIDA, il est devenu possible de cultiver des fraises, qui se sont rapidement révélées être une culture idéale pour les pentes des collines de la région – ainsi qu’une source de revenus fiable.

Appréciées pour leur richesse gustative et largement disponibles, les fraises d’altitude de Sarıveliler sont désormais très recherchées à Alanya, ville touristique prospère située au bord de la Méditerranée. Et à mesure que la popularité des fraises d’altitude augmente, de nombreuses autres entreprises locales du district se développent en parallèle, en particulier celles qui vendent des intrants agricoles ou qui interviennent dans la filière. Les négociants et les intermédiaires d’Alanya, par exemple, ont ouvert un bureau à Sarıveliler pour pouvoir acheter directement aux agriculteurs.

Parallèlement, les revenus des agriculteurs s’améliorent rapidement. Il n’y a pas si longtemps, les agriculteurs réalisaient environ 2 000 USD de bénéfices pour chaque 0,1 hectare de champ. Mais au cours de l’année écoulée, leurs bénéfices ont plus que doublé, passant à un total compris entre 4 700 et 6 000 USD pour la même surface.

Büşra et Mustafa récoltent des fraises

Grâce au bouche-à-oreille, de plus en plus de jeunes de la région se mettent en route vers leur terre d’origine.

Nés et élevés à Sarıveliler, Büşra Demirel et son frère Mustafa avaient quitté la région pour étudier. Mais après avoir entendu parler de ces nouvelles possibilités, ils ont décidé de revenir à la fin de leurs études supérieures. Ayant reçu une subvention de 0,3 hectare de terrain de la part de la direction de l’agriculture et de la sylviculture du district, ils ont aménagé leur champ et cultivent désormais des fraises.

Beaucoup de leurs aînés étaient sceptiques au début, mais Büşra et Mustafa étaient bien décidés à faire prospérer leur entreprise. « Étant donné que les techniques habituelles ne sont plus adaptées aux sols, les jeunes ont introduit des méthodes innovantes », explique Büşra.

Curieux et prêts à faire de nouvelles expériences, les jeunes entrepreneurs donnent en effet un souffle nouveau aux façons de faire locales. Dans l’optique de développer leur entreprise, ils lisent, regardent des vidéos et se renseignent sur les dernières initiatives, les nouveaux outils et les techniques innovantes. Şaban, par exemple, économise pour se lancer dans la culture hydroponique.

Ensemble, les jeunes agriculteurs de Sarıveliler ont installé 2,5 kilomètres de tuyaux d’irrigation. Ils ont commencé à travailler avec les chambres d’agriculture et de commerce locales grâce à un portail numérique public pour le marché agricole, où ils mettent en ligne leurs produits destinés à la vente. Ils se sont rendus sur les marchés d’Alanya pour rencontrer les acheteurs. Ces jeunes communiquent entre eux grâce à un groupe WhatsApp, qu’ils utilisent également pour se tenir informés de tout élément nouveau. Par la suite, ils prévoient de mettre en place une coopérative pour faire des fraises de Sarıveliler une marque, ce qui les aidera à obtenir de meilleurs prix.

Mais, par-dessus tout, ces jeunes sont heureux de pouvoir gagner leur vie chez eux.

« En fin de compte, tout le monde retourne dans son village natal », conclut Büşra. « C’est l’endroit où l’on est né et où l’on se sent bien. »

En savoir plus sur l’action du FIDA en Turquie.